Une terrible rumeur vient de me transpercer les tympans, en ce début 1999, les Boo Radleys se seraient fait jeter comme des malpropres par leur maison de disque ‘Creation’. La raison en serait la très faible vente du dernier bijou Radleysien “Kingsize” (on parle de 3000 albums vendus). Évidemment, coincé entre la promo du dernier ‘Oasis’ et les frasques des frères Gallagher, il ne reste que très peu de place pour un groupe aussi intransigeant, discret et (attention je me lâche) profondément génial, précieux, prolifique et toujours étonnant. Espérons que cette rumeur ne soit que très peu fondée et qu’Alan McGee (Boss de Creation) y réfléchisse à deux fois, entre chaque bouse d’Oasis et ses velléités politiques.
Depuis 1989, la date officielle de leur création, les Boo Radleys ont produit 7 albums et une quantité infinies de singles bourrés d’inédits. Cette discographie va essayer de faire le point sur leur carrière en espérant que le split avec Creation soit un nouveau départ plus qu’une fin.
The Boo Radleys : Ichabod & I (1989)
Honnête? Ok honnête… Quand cet album est sorti, l’Angleterre se remettait à peine de la déferlante ‘My Bloody Valentine’ et de son cortège de suiveurs bruitistes. “Eleanor Everthing”, un titre qui n’aurait pas dépareillé sur le “Isn’t anything” du groupe de Kevin Shield. Il n’en fallait pas plus pour cataloguer les BOO comme vague ersatz de ‘MBV’ (qui, soit dit en passant, est aussi un mauvais film canadien). Alors cet “Ichabod” tant convoité par les fans? Il est conforme aux attentes, bruitiste, suiveur dans le concept (”Hip Clown Rag” est encore un titre Bloody Valentinesque) mais certains titres comme “Walking 5th Carnival” laisse déjà présager de ce que Martin Carr avait en tête pour la suite - déjà on peut noter l’utilisation de guitares acoustiques, de boites à rythme (si ça n’en est pas une…) et des essais de mélodies. Personnellement je préfère la version présente de “Kalliedoscope” à celle du premier EP parce que plus rugueuse dans le son et parce que la voix de Sice y est mise en avant. “Catweazle” sous les torrents de guitares grr-grr ressemble à un morceau power-pop digne de la suite. Avis mitigé donc… Un album marrant si vous l’avez acheté à l’époque, si non, ne dépensez pas les fortunes ridicules demandées par certains pour l’obtenir. Si les Boos ont décidé de ne pas le rééditer, dites-vous bien qu’il y a une raison.
The Boo Radleys : Everything’s alright forever (1992)
Ouah ! Rien qu’à l’ouverture avec “Spaniard” et sa guitare hispanisante on se dit que les Boo ont vraiment fait du chemin depuis “Ichabod”, mélodiquement déjà (”Memory Babe”, “Does This Hurt”), dans les arrangements qui sont toujours aussi bruitistes mais qui créent cette fois des murs de sons augmentant au fur et a mesure la pression. C’est la première fois que j’ai pensé à un disque de façon sexuelle. Les montées dans les morceaux renvoyant vraiment à de multiples orgasmes (suis-je normal? Aidez-moi…). Le psychédélisme en profite aussi pour s’immiscer comme dans “I Feel Nothing” et ses tiroirs, le limite dancy “Does This Hurt”, le festif “Lazy Day” (rien que le titre déjà), le calme et tendre “Sparrow”, vous en avez assez ou il faut que je dise que le premier ‘vrai’ album des Boos est un bijou et que leur big bang à eux c’est ça.
The Boo Radleys : Giant steps (1993)
Quand l’album est sorti tout le monde a crié au génie! Alors ben oui. C’est surtout une transition magique dans l’univers de composition de nos p’tits gars. Arrivée fracassante du Dub (”Upon 9th And Fairchild”, “Lazarus”), morceaux qu’on sifflote au petit déjeuner (”Wish I was Skinny”, “Barney (…and me)”), psychédélisme qui fait peur (”Butterfly McQueen”), cette fois avec l’assurance de bons musiciens et une production parfaite (ni trop léchée – pour pas gâcher – ni trop bordélique – pour quand même pouvoir apprécier les arrangements incroyables de Martin Carr). On sort les flûtes, les claps et la pop anglaise s’envole loin, très loin. Les montées de pression vous collent au mur, la voix de Sice rivalise avec la trompette une fois de plus hispanisante à souhait. L’utilisation de boites à rythme et de synthés tout cheap se généralise. Un pas de géant effectivement, dans le cul du monde timoré de la pop.
The Boo Radleys : Learning to walk (1993)
Sortie juste après “Giant Steps” et ce juste pour le continent européen, cette compilation regroupe les trois premiers EP’s des Boos plus deux morceaux d’une John Peel Session : “Alone Again Or” reprise de Love bien pèchue par rapport à l’original et “Boo Faith”, reprise du “True Faith” de New Order où Sice réussit l’exploit de chanter plus mal que Bernard Albrecht. Tiens d’ailleurs lançons une rumeur inutile : “The Finest Kiss” est un hommage au “Perfect Kiss” de New Order – va bien falloir que je ressorte tous leurs disques pour les chroniquer… un jour… avec tous les promos, les inédits, les… ouah tout le monde s’en tape, mais moins que cette compile plutôt bof au final.
The Boo Radleys : Wake up! (1995)
Je ne me sens pas bien… Être obligé de parler d’un album sur lequel j’ai craché pendant des années!!! La première fois que j’ai entendu “Wake Up Boo!”, j’ai cru à une plaisanterie, c’était trop. Les Boo Radleys faisaient de la soupe!!!! Quel crétin j’ai été! Évidemment que c’est une plaisanterie, un autre grand pied de nez de Carr qui, fatigué d’entendre des doutes émis sur sa faculté à composer autre chose que du bruit, a délivré ce morceau puis cet album de pure pop avec un grand sourire vainqueur au visage. Comment ai-je pu vivre sans la beauté de “Martin, doom!”, l’incroyable énergie de “Twinside”, les trompettes et la guitare speedée de “Wake Up Boo”. Évidemment on ne trouve pas d’envolées noisy (encore que “Joel”…), ici c’est la pop heureuse, qui donne vraiment envie de se lever… vraiment. Après le dévastateur “Giant Steps” on attendait vraiment les Boos au tournant, ils sont arrivés par l’autre coté. “And I’ll make it hard to get along with me” oui vraiment mais s’il vous plaît, encore!
The Boo Radleys : C’mon kids (1996)
Que voulez-vous, les amateurs de pop sont souvent très étroits d’esprit. Je peux me permettre de dire ça car il n’y a pas si longtemps que ça… à l’album précédent… m’enfin. Après le succès des ventes de “Wake Up” certains, qui n’avaient pas encore compris, pensaient que les Boos allaient réitérer l’exploit et balancer la même formule puisque gagnante. Ha! “C’mon kids” c’est du muscle, de l’énergie (”C’mon kids”, “Get on the Bus”, “Bullfrog green”, “What’s in the Box”) plus rock que pop, plus pop que noisy, plus noisy que rock, plus Boo Radleys que toi le fan. Mais d’où leur vient un “Everything is sorrow?” De Bowie certainement. Où ont-ils été pêcher un “Four Saints” (’Nothing’s changed I’m still the same’)? De leurs fructueuses collaborations avec des remixeurs. “Fortunate Son” c’est les Butthole Surfers!!!! (mais qu’est-ce que je dis…). Il semblerait que sur cet album, toutes les musiques qui ont un jour atterri dans l’oreille de Martin Carr ressortent d’une manière ou d’une autre. Pleins de tiroirs dans cette affaire. C’est sur c’est un peu plus fouillis sur la longueur, moins minutieux dans la production que “Wake Up!” mais les compositions sont toujours aussi exceptionnelles et l’orientation rock choisie est une évolution positive, ou une régression positive si on pense que les montées de guitare du sous-estimé “Ride The Tiger” font bougrement songer aux Boos première époque (bon il y a que ça…). En tous les cas l’univers Radleys est vivant. Expliquez ça à un fan d’Oasis… L’album n’a pas vraiment…comment dire… rencontré son public. Bandes de lâches. Patrick Juvet philosophait très justement sur cette interrogation pertinente “Où sont les fans???”
The Boo Radleys : Kingsize (1998)
Passons sur le nombre honteux de formats sous lesquels sont déclinés l’album et les singles pour ne voir qu’une chose : Martin Carr s’est marié avec une française. On s’en fout? Ben pas tant qu’il y aura des morceaux comme “Eurostar” et “Adieu Cloclo”. Alors c’est avec ça qu’ils nous quittent? “Kingsize” les kids, comme les capotes; gonflé le Carr! Il faut dire que dès l’ouverture limite Aphex Twin jusqu’au phunky “The Future is Now”, les Radleys ont la prétention de nous offrir un album rayonnant. “Blue Room In Archway” ou “The Old Newstand At Hamilton Square” avec toutes leurs cordes et leurs cuivres retrouvent un coté pop sixties anglaise. Le survitaminé high energy pop “Frey Huey” cherche à remuer le dance-floor indie. “High As Monkey” ne nous dit pas à quoi se shootent les singes. Tracy Ullman aurait du chanter “Comb Your Hair” et “Put your arms…OK” aurait pu, pour citer le Gouin, être écrite par George Harrison. Les Boo Radleys sont légion. Les suiveurs aussi, ceux qui ont préféré aller écouter le dernier truc futile encensé par le NME plutôt que de continuer à suivre un groupe fascinant qui livre ici un album franchement coooooooool. Dommage ils passeront à coté de “Heaven’s At The Bottom Of This Glass” un moment de Boo Radleyserie absolue. La production est aussi bonne que les instruments sont nombreux (samples, cordes, bois, pianos, cuivres), ce disque est fabuleux. Le chemin s’arrête là pour l’instant et franchement, les paysages rencontrés auront été enchanteurs. BOO! UP
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