Keny Arkana : l’esquisse
Mais d’où sort cette jeune artiste ultra talentueuse qui vient d’émerger dans le paysage du rap français? Pour le savoir il faut revenir en 1996. A ce moment Keny Arkana, marseillaise au sang argentin, commence tout juste à rapper pour ses compagnons de foyer, ce qui aboutira plus tard à la formation des collectifs Mars Patrie et Etat-Major. Avec ce dernier, elle fera plusieurs concerts et apparitions en radio avant de sortir en 2003 leur maxi, mais Keny décide alors de continuer vers une carrière solo afin de véritablement s’engager dans ses propres convictions artistiques. On l’a retrouve dès lors sur diverses compiles comme ‘Talents Fachés’ ou encore ‘92100% Hip Hop’ puis sur son propre Maxi ‘Le Missile Est Lancé’.
‘L’Esquisse’ est donc sa première mixtape sortit sur son propre label La Callita, où l’on peu entendre 10 inédits sur les 15 tracks mais aussi ses anciens morceaux comme ‘Dur d’être Optimiste’, ‘Le Missile Est Lancé’ qui donne tout de suite le ton de ce Street CD avec des lyrics accrocheurs, « il paraît qu’on manque pas d’air mais s’ils savaient comment on étouffe ici » ou encore le trop court ‘Jeunesse de l’Occident’ ainsi que ‘La main sur le cœur ‘ qui explique qu’elle restera fidèle à elle-même et aux siens. Parmi les inédits on retiendra ‘Le Rap A Perdu Ses Esprits’ où elle personnifie le rap en lui expliquant qu’il a perdu ses valeurs de base, bref elle essaie de le raisonner et de lui rappeler sa mission.
« Le Rap a perdu ses esprits, impossible à raisonner
un peu comme hypnotisé, à croire que les jolies paillettes l’ont impressionné
Récupéré dans leur camp pour mieux l’emprisonner
Hey l’rap tes soldats s’entre-tuent n’oublie pas ta mission »
« Venez Voir » est une track qui relate la folie du monde actuel en exposant diverses situations à la manière de la track « Faut de tout pour faire un monde » de Sniper, où parlant de la monotonie de la vie de l’homme dans ‘Le Temps passe et s’écoule’. Côtés productions on y retrouve du beau monde à savoir JR et Eden, Tefa & Masta, Le Roumain, Saïd Nabil, Saiz, Ludo, Tone-R, Sixtematik, et Joe le Balafré, d’ou la qualité de cette mixtape.
Revendiquant ses sentiments avec son flow tranchant, mélangeant rap et chant par moment, laissant transcrire son mépris pour quelconque autorité, parlant de tout ce qu’elle a sur le cœur avec sa voix écorché, le tout épicé de l’accent marseillais présage que du bon pour son premier album « Entre Ciment Et Belle Etoile » qui devrait voir le jour fin 2005. L’Esquisse d’un futur Classique ? En tout cas Keny Arkana n’en reste pas moins l’une des valeure montante du rap français.
Keny Arkana : Entre ciment et belle étoile
Si le rap a perdu ses esprits, Keny Arkana, non. Après un premier street réussi et des scènes qui dynamisent les squelettes les plus engourdis, il était temps que la rappeuse marseillaise fasse parler d’elle pour ce qui la définit vraiment : un album. Soutenue par un auditoire toujours plus large, attendue grâce à des titres forts comme Grabuge, Un pavé de plus, Les murs de ma ville, la rappeuse donne avec “Entre ciment et belle étoile” de bonnes raisons de croire que le rap n’est pas qu’une musique infantile.
“Ne me parlez pas d’hérédité je ne sais même pas de qui je porte le sang”
(Je suis la solitaire)
“L’esquisse” traçait les grandes lignes de la personnalité de la rappeuse en affirmant un caractère trempé, un discours révolutionnaire, religieux et une sensibilité reléguée à la fin sur l’outro. On s’attendait à redécouvrir ces facettes, donc, et pour se faire, Keny a fait les choses en grand en reprenant ses thèmes de prédilection en y ajoutant des récits parfaitement maitrisés. Sur La mère des enfants perdus, elle se fait maternelle quand elle parle des jeunes de la rue, et plus loin, elle se fait plus crédible encore sur Victoria. Keny endosse le rôle d’une jeune fille qui voit son père rejoindre les piqueteros (ndt : les chômeurs qui bloquent les routes) dans un contexte argentin qui touche le fond depuis 1995 à cause des restructurations et privatisations économiques. La jeune rappeuse rend sont rap vivant avec des anecdotes justes qui traduisent l’angoisse d’un pays en pleine crise.
Une rapide écoute mettra en évidence un message contestataire (Jeunesse du monde, Nettoyage au Karcher, Le missile suit sa lancée) alors qu’une écoute plus approfondie dévoilera les premiers non-dits : un discours plus philosophique qui prône la prise de confiance et l’importance de ne pas stagner. Pour ne pas tomber dans le moralisme monocorde, elle prend plaisir à varier les points de vue et les timbres de voix. Keny a parsemé son album d’espoir et si cela semblera évident sur les exceptionnels Clouée au sol, Prière, Une goutte de plus, les motifs d’y croire sont bien présents sur Sans terre d’asile par exemple (“Les germes du concret fleurissent d’abord dans la tête, enfant de la terre tu portes le secret de la vie”).
Encore plus loin que les mots, l’espoir est présent dans ce que Keny Arkana dégage dans son rap. Plus que de l’énergie, on écoute quelqu’un de réfléchi qui a pris de la distance sur une adolescence digérée, qui lit certainement beaucoup et qui évite les contradictions pour la rime. Elle évoque à plusieurs reprises son enfance en foyer et des maltraitances qu’elle y a reçues. Eh connard est direct et puissant mais elle évoque également par bribes son vécu dans Le fardeau (voir le 3ème couplet) et J’viens de l’incendie.
“Entre ciment et belle étoile” est peaufiné à l’extrême, tant sur l’agencement des titres qui respirent que sur l’écriture très soignée (Je suis la solitaire). Pour une fois, on se sent capable de parler d’un album de rap français sans parler de flow ou d’instrumental, bien qu’il y aurait beaucoup à souligner tant le travail de certains sons est méticuleux.
La rage du peuple faite femme est touchante et son album “Entre ciment et belle étoile” est intimiste et ouvert à la fois. Un sacré tour de force qu’il fallait saluer.
Keny Arkana : désobéissance
Alors que son premier album Entre Ciment et Belle Etoile se trouve encore dans le top 100 des ventes disques en France et en attendant peut-être un futur disque d’or, Keny Arkana prépare dèja un nouvel opus pour le mois d’Octobre.
Ce projet est en fait un mini-album composé de 10 titres thèmatiques autour de la désobéissance, d’où le titre Désobéissance. Parmi la dizaine de morceaux, cinq sont déja mixés. Les cinq autres seront enregistrés bientôt. Pour ce qui est du fond et de la forme, Keny Arkana déclare : “C’est un peu comme Entre Ciment Et Belle Etoile, ça commence pragmatique et ça finit un peu plus spirit. Je pars du principe que la 1ère désobéissance aujourd’hui c’est de rester humain. Ca peut être autant politique que plus spirituel. (…) Ca reste éclectique comme l’album, il y a plusieurs couleurs musicales.” Et à la question de savoir si elle parlera toujours de sa jeunesse, elle répond : “Là non, ça reste de la lutte collective. Il y a aussi de la lutte intérieure, personnelle”. Ce disque sortira toujours sous le label Because.
Ce mini album ne sera sans doute pas le dernier, elle prévoit même de sortir plusieurs disques thématiques par la suite. Mais pour l’instant elle préfère garder le secret sur ces futurs projets…
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