Gilles Servat : barde universel
Né à Tarbes, arrière petit fils d’un Ariégeois montreur d’ours, Gilles Servat a autant construit sa «Bretonnitude», comme il l’appelle, qu’il en a hérité de ses parents Nantais.
Une construction entamée il y a plus de 35 ans après un passage mémorable à l’Ile de Groix dans l’auberge de l’ami guitariste et chanteur Claude Pouzoulic. L’île l’inspire (Retrouver Groix). Il y chante L’Enfant du Verseau, rebaptisée Kalondour (Cœur d’eau) qui marque, de son propre aveu, un progrès considérable dans sa production. Il y rencontre aussi Glenmor qui l’adoubera « vrai barde » et dira de lui, plus tard, que «L’élève a dépassé le maître».
Une construction forgée aussi à Paris, notamment au havre des exilés bretons, la crêperie Ti Jos à Montparnasse, où il créée, en 1969, une des œuvres majeures de la revendication culturelle bretonne : La Blanche Hermine, devenue un tel classique que la plupart des non Bretons l’ont toujours crue tirée du «folklore» (au sens noble du terme) régional.
Avec Nantes, où il vécut 20 ans, Groix et Paris, la « Bretonnitude » de Servat s’est construite dans d’autres lieux essentiels de sa géographie intime : Brest, Lorient, Quimper (La route de Kemper), Carhaix (ville centre de Bretagne, pays du lycée Diwan et du festival des Vieilles Charrues), l’Irlande du Connemara et de Dublin où il enregistra son premier album en 1970, mais aussi L’Héritage des Celtes, Sur les quais de Dublin et Comme je voudrais ! Sans oublier le village de Locoal-Mendon, dans le payse vannetais où il vit et fréquente l’un des meilleurs bagadoù breton, le Roñsed Mor, avec lequel il part en tournées.
Influence des lieux, influence des hommes aussi, à l’instar des deux grands inspirateurs de ses débuts : Ferré et Brassens. Ses rencontres avec des personnages hauts en couleur ont influencé la carrière et la passion de Gilles Servat pour la terre et la langue bretonne (« Le Breton est ma patrie » affirme un poème de Pierre Jakez Hélias qu’il a mis en musique) : les « Grecs » (surnom des Groisillons) Serge Bihan et Claude Pouzoulic, Glenmor (on l’a dit) ; des poètes et écrivains : Morvan Lebesque, Xavier Grall, avec qui il fondera une maison de production ; Yann-Ber Kalloc’h, Pierre Jakez Hélias (Sur les quais de Dublin), Anjela Duval, le cinéaste résistant et militant breton René Vautier, avec qui il a tourné La Folle de Toujane, les harpistes jumeaux d’ An Triskell (l’Albatros Fou), et son producteur actuel: Jakez Bernard qui fut aussi celui de l’Héritage des Celtes. L’une des rencontres majeures de Gilles Servat fut celle de Dan ar Braz. Leur amitié a débouché sur de nombreuses collaborations, au cours des années 80 et 90, comme le concert donné à l’Olympia en 1987 ou les disques : Mad in Sérénité, L’albatros Fou, Les Albums de Jeunesse, L’Héritage des Celtes qui décrochera une Victoire de la musique et Sur les Quais de Dublin.
Rencontres de lieux et des personnes, rencontre aussi de combats. Celui de la culture et de la langue celte évidemment (Les Bretons typiques, La complainte de l’Ile d’Yeu, etc.). Déjà, La Blanche Hermine était une chanson de révolte contre la chape de plomb que faisait peser, au début des années 70, le pouvoir pompidolien sur les cultures et espérances régionales. Mais aussi luttes sociales : Les prolétaires, L’Institutrice de Quimperlé, écrite par son père qui lui avait déjà écrit les paroles de Kaoc’h ki gwenn ha kaoc’h ki du racontant les malheurs de la région depuis le rattachement à la France et cette pauvre duchesse Anne «Qui n’a pas voulu ça» … Bon sang ne saurait mentir.
Gilles Servat chante aussi le combat pour la défense de la nature, à Plogoff ou après les grandes marées noires de l’Amoco Cadiz et de l’Erika, qui défigurent des paysages qu’il connaît personnellement et aime tant. Il chante aussi en Galice, invité par Carlos Nuñez après le naufrage (c’est le mot !) du Prestige. Outre la mer, Gilles Servat a chanté également la fragilité de la campagne bretonne, mise en danger par l’industrialisation poussée de l’agriculture et les excès du remembrement des années 60 et 70 (Madame la Colline).
En plus de 30 ans de carrière, et une vingtaine de disques, Gilles Servat a ainsi montré son engagement et son éclectisme qui, au-delà du fil conducteur breton, s’est montré universel et attaché au respect de tous les hommes et de leur environnement.
Eclectique, Gilles Servat l’est, à n’en pas douter. À côté de l’auteur compositeur, qui connaît le peintre et sculpteur de formation, l’acteur et l’écrivain d’une petite dizaine d’ouvrages dont les monumentales Chroniques d’Arcturus, dans lesquelles ce membre de la gorsedd (assemblée) des druides de Bretagne, fait s’entrechoquer les cultures de visiteurs de l’espace (nous dans le futur) et des habitants d’une planète moulée à l’aune des antiques épopées irlandaises !
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